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"Le Concert" Lorenzo Costa (1495/96 Ferrara - 1535 Mantoue)
Huile sur bois, National Gallery, Londres NG 2486

On ne connaît pas grand chose de la vie de Lorenzo Costa : même sa date de naissance n'est pas certaine. On sait simplement que, très jeune, il a quitté sa ville natale de Ferrare pour aller travailler dans un atelier de Bologne. Il est l'un des représentants du "style de Bologne".
Lorenzo Costa est devenu ensuite le peintre d'une riche famille princière de Mantoue : les Gonzague. Ses tableaux sont élégants et raffinés et reflètent la vie de la cour à laquelle il était attaché. C'est aussi un remarquable paysagiste. Il est resté célèbre pour la délicatesse de ses couleurs.
Le monde des arts, à l'époque de Lorenzo Costa, était très différent de celui de nos jours. Lorsque les gens riches commandaient des peintures ou des sculptures, ce n'était pas seulement pour posséder une œuvre d'art, mais aussi pour manifester aux yeux des autres leur richesse et leur puissance. C'était la Renaissance, période d'intérêt nouveau porté à l'Antiquité grecque et romaine.
On admirait les œuvres d'art et d'architecture de l'Antiquité classique. Les familles riches rivalisent dans leur goût et leur connaissance des arts. Elles s'attachaient des musiciens, des poètes et des peintres et demandent aux artistes de faire leur portrait et de créer des objets pour leur vie quotidienne.

Ce tableau, centré sur trois musiciens, est le premier exemple d'un style nouveau de composition qui deviendra très à la mode : les musiciens sont peints comme s'ils apparaissaient à un balcon. La jeune femme regarde le spectateur, le luthiste, les yeux baissés, est concentré sur son instrument, le troisième personnage est perdu dans ses pensées. Ils sont pris sur le vif, entrain de chanter et de faire de la musique ensemble. Lorenzo Costa les a rapprochés. Ils forment un groupe étroitement uni se détachant sur un fond sombre. Ce sont peut-être des musiciens de la riche cour de Mantoue.
(in Les arts du spectacle dans la peinture du monde entier Fleurus)

Dans un premier temps les enfants regardent en silence le tableau. Au bout de quelques minutes, ils décrivent ce qu'ils ont observé.
L'intervenant peut compléter la description en orientant le regard et la réflexion vers certains détails :

Nombre de personnages.
Comment sont-ils habillés et coiffés ?
Que font-ils ?
Présentation des instruments : le luth.
Histoire du luth et autres documents : http://perso.wanadoo.fr/soc.fr.luth/luthdoc.f.1.html
Qui sont ces personnages ?

Faire remarquer le détail de la partition.
Enchaîner sur l'histoire de l'écriture musicale : neumes, écriture carrée, écriture ronde, écriture contemporaine. (http://nelly.johnson.free.fr/MusEcrit.html)
Faire remarquer le détail des bouches des personnages : formes différentes, sans doute émission de sons différents : introduction à la polyphonie.
Tenter de retrouver quels pourraient être les sons prononcés par les personnages : trouver différentes voyelles.
On peut ensuite enchaîner sur un chant en polyphonie.

Expliquer les changements entre Moyen-Age et Renaissance par des exemples :
- du chateau-fort au palais
- des enluminures à l'imprimerie (Bible de Gutemberg 1455)
- de l'oralité à l'écriture
- de la mélodie à l'essor de la polyphonie

Présentation de Claudio Monteverdi (1567-1643) qui, comme Lorenzo Costa, a été un temps rattaché à la famille Gonzague.
Écoute de musiques de la Renaissance


Claudio Monteverdi (1567-1643)

Né à Crémone, Claudio Monteverdi étudia la musique avec le célèbre théoricien Marco Antonio Ingegneri (1547-1592), qui lui enseigna les techniques d'écriture, l'orgue, le violon, l'art vocal et l'art des madrigalistes. Il conserva d'ailleurs un sentiment de reconnaissance envers son ancien maître et aimait, dans ses publications antérieures à 1590, se dire son disciple. À l'âge de quinze ans, Monteverdi composa sa première œuvre, un ensemble de vingt motets à trois voix. Joueur de viole et chanteur, il entra en 1590 dans l'orchestre de la cour du duc de Mantoue. En 1601, il y obtint le poste de maître de musique, succédant ainsi à Benedetto Pallavicino. Deux ans avant, il avait épousé Claudia Cattaneo, une chanteuse à la cour de Mantoue, avec qui il eut trois enfants. En 1613, Monteverdi fut nommé maître de chapelle à Saint-Marc de Venise, l'un des postes musicaux les plus importants d'Italie, qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. A partir de ce moment, il écrivit des motets, des madrigaux et des messes, mais aussi de nombreux opéras (dont beaucoup ont maintenant disparu), œuvres commandées par des notables de Venise et des villes voisines. Il fut ordonné prêtre en 1632. En 1587, Monteverdi écrivit son Premier Livre de madrigaux, livre dans lequel prédomine une atmosphère pastorale. En 1605, il avait déjà composé cinq livres de madrigaux. La texture fluide et lisse des deux premiers livres (1587 et 1590), influencés par Luca Marenzio, tranche avec l'approche plus dissonante, incisive et irrégulière des Troisième et Quatrième Livre (1592 et 1603). Cette dernière met en évidence la signification de chacun des mots du texte, et révèle l'influence de Jacquet de Wert, avec qui il fut en contact lorsqu'il entra au service du duc de Mantoue. Monteverdi subit également l'influence des madrigalistes italiens de son temps, comme Carlo Gesualdo. C'est également à cette époque que Monteverdi commença à s'intéresser aux expériences inaugurées par le compositeur de drames musicaux Jacopo Peri (1561-1633), alors directeur de la musique à la cour des Médicis. Le langage harmonique de Monteverdi fut l'objet de controverses, lorsque le chanoine Giovanni Maria Artusi écrivit en 1600 un essai, l'Artusi ovvero Delle imperfezioni della musica moderna (1600-1603), attaquant, notamment deux madrigaux de Monteverdi qu'il qualifiait d' "insupportables à l'oreille". Ces œuvres dépassaient de son point de vue les limites de la polyphonie équilibrée vers laquelle tendait la composition à la Renaissance. Les dissonances créées par l'ornementation et l'indépendance des voix étaient, toujours selon lui, contraires aux règles strictes du contrepoint. En effet, avec ses nouvelles combinaisons harmoniques alliant le diatonique et le chromatique, Monteverdi rompait, en effet, avec l'unité modale qui, pour Artusi, devait être l'essence même de l'oeuvre. En 1607 fut représenté le premier drame musical de Monteverdi, La Favola d'Orfeo, plus connue sous le nom d'Orfeo. Cet opéra, qui surpassait toutes les tentatives de drames musicaux précédentes, représente probablement la contribution la plus importante au développement de l'opéra, qui fut alors reconnu comme une forme sérieuse d'expression musicale et théâtrale. A travers une utilisation habile des inflexions de la voix, Monteverdi cherche à exprimer l'émotion comme elle aurait été exprimée par un bon acteur, pour obtenir un langage chromatique d'une grande liberté d'harmonie. L'orchestre, considérablement agrandi et varié, est employé non seulement pour accompagner les chanteurs, mais aussi pour créer l'atmosphère des différentes scènes et renforcer l'évolution du drame. La partition elle-même contient quatorze pièces orchestrales indépendantes. L'Orfeo obtint un grand succès auprès du public et, avec son opéra suivant, Arianna (1608), dont ne subsiste que l'admirable lamento, la réputation de Monteverdi comme compositeur d'opéra fut définitivement établie. Dans la plus pure tradition du XVIè s., ce Lamento d'Ariane de Monteverdi connut de nombreuses versions d'auteurs divers. Novateur, mais respectueux de ses prédécesseurs, Monteverdi réutilisa de nombreux thèmes antérieurs, comme le motet In illo tempore de Nicolas Gombert dans la messe du même nom (1610) La musique religieuse de Monteverdi puise donc dans toute une gamme de styles, depuis la polyphonie à l'ancienne de la Messe In illo tempore de 1610 jusqu'à la musique vocale virtuose venue de l'opéra et à l'écriture des chorals (dérivée des compositions des prédécesseurs de Monteverdi à Venise, Andrea Gabrieli et Giovanni Gabrieli). On trouve ces deux derniers styles dans les Vêpres de la Vierge, également de 1610, et qui constituent une de ses oeuvres les plus connues de nos jours. Dans ses Sixième, Septième et Huitième Livre de madrigaux (1614-1638), Monteverdi s'éloigne encore plus de l'idéal de la polyphonie à voix égales de la Renaissance pour aborder de nouveaux styles mettant l'accent sur la mélodie, la ligne de basse et le support harmonique, ainsi que sur la déclamation personnelle ou théâtrale. Son Huitième Livre de madrigaux comprend, entre autres, les Madrigali guerrieri e amorosi (1638), véritables cantates qui constituent davantage des scènes lyriques que des madrigaux au sens premier du terme. Parmi ces madrigaux d'un nouveau genre figure le Combat de Tancrède et Clorinde. En 1637 s'ouvrit à Venise, le premier théâtre lyrique public, et Monteverdi écrivit une nouvelle série d'opéras, dont seuls deux nous sont parvenus : le Retour d'Ulysse (1641) et le Couronnement de Poppée (1642). Ils comportent des scènes d'une grande intensité dramatique dans lesquelles la musique, tant vocale qu'orchestrale, reflète les pensées et les émotions des personnages. Avec le Couronnement de Poppée, les principes de l'opéra apparaissent clairement définis. Scènes comiques, chansons populaires, duos, etc. témoignent, de par leur diversité, d'un genre qui veut s'ouvrir à un public de plus en plus large. Ces deux opéras influencèrent par la suite nombre de compositeurs d'opéras, dont Gluck et Wagner. (in http://www.musique-renaissance.com/Monteverdi.htm)
 
©Yann Bonnec™