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Le reggae
Les origines
Du ska au rocksteady : les années 60
Le reggae : les années 70
A / Le dub
B / Les DJ' S
Courte histoire du reggae
Le rastafarisme
Le reggae
Les DJ
Le dub
Le roots reggae
Le temps des stars
Le reggae britannique
Un vent chaud sur le rock
Exemples de chants
Les origines
Au départ, il y a le mento, la musique locale traditionnelle jamaïcaine. Le ska, le rocksteady et le reggae lui ont pris le jeu à contretemps de la guitare rythmique, qu'on nomme afterbeat (un ET deux ET trois). C'est la seule continuité existant d'une période à une autre. Les traditions folkloriques étaient très fortes, comme par exemple le tambour " nyabinghi " jamaïcain, issu des tambours burru africains.
Tambour nyabinghi

Le mento
 
Les masses de Jamaïque n'ont pas eu de radio avant les années 50, et la musique jouée en public était de fait très importante. Les gens écoutaient surtout la musique des bigs bands et allaient danser au bal sur du rythm and blues avec cuivres.
Un endroit, le Community Center, devient un lieu de rencontre de musiciens branchés, en particulier ces jazzmen qui constituent, dans les années 50 - 60, l'élite consciente de la Jamaïque. Le résultat de leurs bœufs faramineux prend peu à peu forme. En 1964, les jazzmen qui fréquentent le centre prennent le nom de Skatalites.
Après le ska vient le rocksteady, puis le reggae.
Du ska au rocksteady : les années 60

Le ska s'est développé en Jamaïque avec l'avènement des années 60. Ce fut la 1ère musique jamaïcaine à être reconnue sur le plan international.
Cette musique était au début à peine différenciable du rythm and blues américain. Celui-ci avait été extrêmement populaire en jamaïque, mais quand son succès commença à décliner, les gros propriétaires de sound systems ( discothèques mobiles conçues à la fin des 40's ) produisirent leurs propres versions pour satisfaire leurs clients. Les disques étaient alors testés sur les sound systems avant leur sortie commerciale.
L' innovation stylistique devint une condition sine qua non pour se maintenir en tête d' une compétition devenue féroce. Le renforcement de l'afterbeat donna un schéma rythmique qui acquit rapidement un nom : Le ska. En 1962, il était déjà établit.
Son répertoire varié finit par comporter des chansons traditionnelles (menta), du gospel revivaliste et des adaptations de musique populaire latine et américaine, mélangées en un tout absolument unique. En quelques années, la Jamaïque avait développé une culture musicale populaire étonnement profonde. Au milieu des 60's, elle regroupait des groupes vocaux (comme les Maytals, les Wailers…), des duos et des chanteurs solos (comme Jimmy Cliff et Desmond dekker).

The Maytals

Une autre direction était représentée par les instrumentaux ska que jouaient des groupes comme les skatalites.

Les Skatalites

A cette période, de grandes soirées favorisaient un style de danse plus calme, aux mouvements plus lents et plus subtils. Bientôt, la musique fut faite sur ce modèle, plus lente que le ska mais avec un rythme plus saccadé. La basse en particulier était plus libre, ce qui laissait de l'espace aux autres instruments et libérait le jeu des musiciens. Ce style devint connu sous le nom de rocksteady. Son rythme permettait aux chanteurs jamaïcains plus influencés par la soul d'exploiter à fond leur capacités. Desmond Dekker atteint des sommets internationaux. La musique résista aux années, spécifiquement jamaïcaine et pourtant porteuse du message positif de la meilleure soul américiane ( Sam Cooke, the Miracles).
Sam Cooke
Le reggae : les années 70

Alors que le rock steady était détendu et sentimental, les premiers disques de reggae se caractérisaient par des rythme plus rapides, haletant et funky.
La légende veut que le producteur Clancy Eccles ait inventé le mot reggae d'après le mot d' argot de Kingston pour " trainée ", " streggae ". D'autres versions racontent que le nom vient de " ragged " ou " raggamuffin ", la musique des voyoux, des pauvres.
En Jamaïque, Bunny Lee et Lee Perry commencèrent à ralentir le rythme. Le premier fit construire à ses musiciens un rythme à effet saccadé et vacillant, idéal pour une danse du nom de skank. A la suite de leur collaboration avec le second, Bob Marley et les Wailers signèrent chez Island et entreprirent la conquête du monde. D'autres groupes vocaux ( Mighty diamonds, Culture, Gladiators…) suivirent à leur tour le même chemin, et gagnèrent encore un plus large public au reggae. Les dreadlocks devinrent un atout commercial, et beaucoup sautèrent dans le train " Natty Dreads ". La nouvelle génération de chanteurs solo comme Grégory Isaacs ou Dennis Brown parvinrent tous à allier racines et romance avec succès.
Avec du recul, deux autres innovations introduites par le développement du reggae sont sans doute toutes aussi importantes que le message culturel et " origines " transmis par Marley et ses semblables.
Bob Marley
Lee Perry
A / Le dub

Il serait vain de rechercher les origines de cette pratique tant elles sont diverses. Déjà à l'époque du ska, on pouvait entendre des arrangements excentriques ainsi que certains effets sur des disques. Ces techniques musicales sont pourtant, à peu de chose près, l'œuvre d'un seul homme : Osbourne Ruddock, génial électronicien plus connu sous le nom de King Tubby. Dès 70, il remixe de vieux rocksteadys, en " shuntant " (baissant) la voix la plupart du temps, privilégiant ainsi la section basse - batterie, et saupoudrant çà et là quelques instruments passés par des effets ( ex : Delay ). Le dub était né.
Jusqu'en 73, le mouvement s'amplifia et dès lors, il fut une forme artistique reconnue.

King Tubby
B / Les DJ' S

Dans les années 70, les DJ's obtinrent enfin reconnaissance en tant qu'artistes capables d' enregistrer en studio, grâce à des pionniers comme U Roy et Big Youth. Le DJ jamaïcain, autrement dit le toaster, parle sur la musique et n' est absolument pas un pourvoyeur de sons.
Ils furent les premiers à utiliser le support de disques d'autres artistes pour faire la démonstration de leur éloquence, remuant les " dancefloors " tout en privilégiant improvisation et spontanéité. La fin des 70's annoncera une nouvelle race de DJ's, qui jetteront les bases du dancehall style des années 80, avant l'ère du ragga, où le DJ est le maître absolu, presque même parfois la seule présence artistique.
Aujourd'hui, la filiation entre U Roy et Shabba Ranks ou Buju Banton apparaît de plus en plus évidente (du moins dans l' esprit) et quoiqu' en dise certains, si les " riddims " ont changés, le principe, lui, reste le même.
U Roy
Histoire du Reggae

Le rastafarisme va à présent jouer un rôle moteur dans l'évolution du reggae. Pendant la décennie 1970, la plupart des artistes se revendiquent de l'héritage spirituel de Marcus Garvey. Ce leader afrocentriste du début du vingtième siècle préconisait un retour en Afrique - réel ou spirituel - pour les descendants d'esclaves. Beaucoup de jeunes trouvent un refuge dans cette foi basée sur la religion chrétienne orthodoxe éthiopienne.

Marcus Garvey

Le roi d'Éthiopie, Haïlé Sélassié, est considéré comme un dieu vivant. C'est le Ras (prince) Tafarai (son prénom). La ganja (marijuana) est sacrée, quoique illégale : les rastas en usent pour leurs méditations. Marginalisés - on les repère de loin grâce à leurs dreadlocks, ces nattes que forment naturellement les cheveux crépus quand ils sont très longs -, ils vivent souvent à la campagne comme leur premier chef de file, Leonard Percival Howell dans sa communauté du Pinacle. Ils rêvent qu'un jour, tels les Hébreux de la Bible, ils atteindront leur Terre promise.

Haïlé Sélassié

Le reggae à proprement parler naît à l'aube des années soixante-dix. L'origine du mot fait l'objet de débats. Mais les premiers a l'avoir popularisé sont Toots & The Maytals avec leur chanson " Do the reggay ". Arrive d'abord ce que l'on nomme aujourd'hui l'early reggae qui, pendant cinq ans, réintroduit massivement les percussions nyahbinghi d'origine africaine. Les rythmes s'accélèrent de nouveau, rendant le son plus sec. Les sous-genres se multiplient très vite.

Les DJ (deejays, de disc-jockeys) des sound systems s'imposent. Ces hâbleurs - dont U-Roy, le premier à avoir percé - attrapent le micro et réinventent des chansons connues en changeant le sens dans un style parlé-chanté appelé talk over (parler dessus) ou toasting (de " porter un toast "). Ils racontent la vie qui va, avec humour et pugnacité, sur fond d'instrumentaux et de dubs.

Le dub est inventé par des techniciens de studio qui, manipulant chaque piste d'un titre, donnent de la profondeur de champ à ce dernier en usant d'effets de réverbération. Les parties jouées par chaque instrument, ainsi que les voix, sont mises en relief, disparaissent, reviennent… La basse et la batterie sont les pièces maîtresses de cet exercice de style devenu genre en soi qu'a magnifié King Tubby.

Le roots reggae est le genre dominant à partir du milieu des années soixante-dix. Les lyrics sont d'inspiration rasta et les orchestrations se modèlent plus qu'auparavant sur le rock - Marley, Burning Spear, Culture ou Gladiators en sont les héros. Les ultras du roots reggae préfèrent quant à eux les tambours nyahbinghi et les cuivres. Parmi eux, on trouve les dub poets, des DJ prônant la " révolution ".

Burning Spear

Le temps des stars est venu. Le reggae est en effet maintenant pris en charge par les plus grands labels de Babylone. Grâce au producteur Chris Blackwell, jamaïquain blanc fondateur du label Island, Bob Marley devient célèbre dans le monde entier. À sa suite, un grand nombre de groupes et de chanteurs se produisent sur scène - c'est plutôt nouveau - à l'étranger et lors de quelques festivals touristiques dans l'île. Des formations résolument pop sont créées pour percer sur le marché international (Third World, Inner Circle).

Le reggae britannique se développe à cette époque. Une première vague de migrants jamaïquains a déjà adapté ska et rocksteady - genres très appréciés des skinheads et des mods - sous la forme du blue beat. Dix ans plus tard, des enfants d'immigrés forment des groupes (Aswad, Steel Pulse, LKJ) dont le succès va au-delà de la communauté antillaise quand les punks déferlent. Ces derniers lancent avec leurs congénères jamaïquains des combos ska punks ou purement reggae dont l'emblème est le damier (Specials, UB 40). Au cours de la décennie suivante, le reggae en blanc et noir donne lieu à des expériences fécondes (le label On-U-Sound d'Adrian Sherwood), tandis qu' une vivifiante bande de MC (master of ceremony, les deejays locaux) invente son propre style, rapide, mélangeant créole et cockney (Tippa Irie, Smiley Culture, Macka B). Enfin, la scène dub s'étoffe à tel point qu'elle devient l'un des piliers de la mouvance électronique (Mad Professor).

UB 40

Un vent chaud sur le rock. Avant même que Bob Marley ne devienne une star, le rock s'est laissé séduire par la musique jamaïquaine. Il y eut les Beatles (" Ob-la-di, Ob-la-da "), Paul Simon, Eric Clapton, les Eagles, Faust, puis les punks (The Clash, The Stranglers, Public Image Limited...) et leurs suiveurs (Joe Jackson, The Police, Culture Club…). Et n'oublions ce vieux pirate de Keith Richards dont la passion pour le reggae est ancienne et profonde - on l'a notamment vu produire les ultra rastas Wingless Angels en 1996. Ses formes comme ses fondements étant ainsi adoptés pour le meilleur et pour le pire par les artistes comme le public pop et rock, le reggae est devenu le son à la mode. Pendant ce temps, une nouvelle révolution se prépare dans les sound systems de Kingston...
Bien que le message rastafarien mystique soit déjà présent dans le rock steady, le reggae développe encore plus cet aspect dès ses débuts; c'est ce qui en fait sa spécificité : une musique rebelle qui parle des problèmes de vie dans les ghettos de Kingston et transmet, dans un langage de rue, un message contestataire, égalitaire, de respect du peuple noir et de foi rastafarienne.

Des textes militants traitent des droits de l'Homme et dénoncent impitoyablement le colonialisme, le capitalisme, la guerre. Mais le reggae est aussi une musique spirituelle qui puise directement dans la bible cantiques et psaumes.

Les musiciens, chanteurs ou instrumentistes de l'époque classique du reggae sont légion. Ils développent à travers cette musique, non seulement un nouveau rythme, mais aussi une nouvelle philosophie : ganja, retour aux sources africaines, militantisme, spiritualité.

A quoi reconnaît-on le reggae ? A sa pulsation hypnotique marqué par le fameux contre-temps porté aux nues à travers le monde par son prophète, Bob Marley. L'intérêt du reggae ne repose pas dans ses mélodies, souvent empruntées à d'autres styles musicaux, mais dans son soubassement rythmique auquel celles-ci sont greffées.
Les merveilles du reggae se produisent au sein de son mouvement lancinant, répétitif, lorsque lors d'un bref instant la régularité binaire est supprimée. Tout repose sur le couple basse-batterie. Chaque instrument joue une ligne épurée, simple, mais si difficile à faire sonner comme il faut avec les autres instruments.
Ses origines sont à rechercher dans la soul music américaine que diffusaient massivement les radios jamaïcaines dans les années 1960. D'ailleurs Clement Dodd, producteur des premiers disques de reggae, expliquait sa recherche de talents nouveaux par la difficulté qu'il avait à importer des disques américains et non son souci de fabriquer une soul music jamaïcaine. Ainsi What's new Pussycat du crooner Tom Jones fut repris en ska par les Wailers.


" Le rythme du reggae vient de la soul music, mais c'est du reggae " Jimmy Cliff

De plus, les traditions musicales et vocales des Etats-Unis et de la Jamaïque se rejoignent, issues du même mouvement (le revivalisme des années 1960) et partageant pour l'essentiel le même répertoire d'hymnes sacrés. Cette renaissance religieuse s'accompagne de l'éclosion de sectes indépendantes et de la diffusion d'un répertoire d'hymnes religieux largement empruntés au recueil du Shankey Hymnal.
Cette influence soul/gospel évidente se ressent dans les premiers trios vocaux formés en Jamaïque : Wailers, Heptones, Gladiators, Gaylads. On se rend alors compte que le reggae n'est autre qu'un plainte fraternelle et collégiale. C'est ainsi que naît le ska, un genre de shuffle rapide à mi-chemin entre le mento (calypso syncopé dérivé des vieux quadrilles) et le rythm'n blues. Très vite les meilleurs jazzmen de Kingston se réunissent au sein de la mythique formation les Skatalites, dirigé par le légendaire tromboniste Don drummond.
C'est le début d'une production locale en Jamaïque sous la houlette des Leslie Kong, Duke Reid ou Clement Dodd. S'amorce alors une période féconde en enregistrements, pendant laquelle Wailers et autres Ken Boothe prennent leur envol, pour le plus grand profit de leurs producteurs. En 1964, la Jamaïque connaît son premier succès international avec le 45 tours My Boy Lollibop de Millie Small.
Les affrontements raciaux de 1965, puis la destruction du ghetto de Back'o wall en juillet 1966 et la montée du mouvement Black Power contribuent à une situation sociale explosive. En 1967, la voilence dans les ghettos atteint un seuil jamais égalé. A cette époque, certains musiciens décident de ralentir le tempo du ska et d'aborder des thèmes moins vindicatifs dans leur chansons pour calmer la situation : ce sera le rock steady.
Le tempo ralentit encore et en 1968, Leslie Kong produit le titre des Maytals qui donnera son nom au nouveau rythme : " Do the Reggay ". Le chanteur Toots Hibert affirme que le mot désigne le coté régulier du rythme. Joe Higgs le rapproche de streggae, un mot de patois du ghetto qui signifie " bon à rien, malpoli ". D'autres encore affirment que reggae vient de ragged : " en haillons ".
Dans le reggae, les cuivres jazzy qui dominaient le ska et le rock steady vont laisser la place à des solos de guitare électrique. Le reggae connaîtra son heure de gloire dans les années 1970, après que Bob Marley ait signé chez Island Records et donne un nouveau son au reggae avec Catch a Fire.

" Catch a Fire a créé à lui tout seul un nouveau type de musique jamaïcaine. Avec d'autres caractéristiques, un son différent… " Linton Kwesi Johnson

 
©Yann Bonnec™