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Des exemples de chants
IAM Petit frère
IAM Bouger la tête 1997
IAM Biographie
Mc Solaar Qui sème le vent récolte le tempo
Biographie MC Solaar

IAM Petit frère

Petit frère n'a qu'un souhait devenir grand,
C'est pourquoi il s'obstine à jouer les sauvages dès l'âge de 10 ans.
Devenir adulte, avec les infos comme mentor,
C'est éclater les tronches de ceux qui ne sont pas d'accord.

A l'époque où grand frère était gamin,
On se tapait des délires sur Blanche-Neige et les 7 Nains.
Maintenant les nains ont giclé Blanche-Neige et tapent
Eclatent des types claquent dans Mortal Kombat.

A 13 ans, il aime déjà l'argent avide
Mais les poches sont arides, alors on fait le caïd.
Dans les boums, qui sont désormais des soirées, plus de sirop Teisseire.
Petit frère veut des bières.

Je ne crois pas que c'était volontaire, mais l'adulte c'est certain,
Indirectement a montré que faire le mal, c'est bien.
Demain ses cahiers seront pleins de ratures,
Petit frère fume des spliffs et casse des voitures.

{Refrain:}
Petit frère a déserté les terrains de jeux.
Il marche à peine et veut des bottes de sept lieues.
Petit frère veut grandir trop vite
Mais il a oublié que rien ne sert de courir, petit frère.

Petit frère rêve de bagnoles, de fringues, de tunes
De réputation de dur, pour tout ça il volerait la Lune.
Il collectionne les méfaits sans se soucier
Du mal qu'il fait, tout en demandant du respect.

Peu lui importe de quoi demain sera fait,
De donner à certains des raisons de mépriser son cadet.
Dans sa tête le rayonnement du tube cathodique
A étouffé les vibrations des tam-tam de l'Afrique.

Il n'a plus de cartable, il ne saurait quoi en faire.
Il ne joue plus aux billes, il veut jouer du revolver.
Petit frère a jeté ses soldats pour devenir un guerrier
Et penser au butin qu'il va amasser.

{Refrain}

Les journalistes font des modes, la violence à l'école existait déjà
De mon temps, les rackets, les bastons, les dégâts,
Les coups de batte dans les pare-brises des tires des instituteurs,
Embrouillés à coups de cutter.

Mais en parler au journal tous les soirs ça devient banal.
Ça s'imprime dans la rétine comme situation normale
Et si petit frère veut faire parler de lui
Il réitère ce qu'il a vu avant 8 heures et demie.

Merde, en 80 c'était des états de faits, mais là
Ces journalistes ont faits des états
Et je ne crois pas que petit frère soit pire qu'avant,
Juste surexposé à la pub, aux actes violents.

Pour les grands, les gosses est le meilleur citron,
La cible numéro 1, le terrain des produits de consommation,
Et pour être sûr qu'il s'en procure
Petit frère s'assure, flingue à la ceinture.

On sait ce que tu es quand on voit ce que tu possèdes.
Petit frère le sait et garde ce fait en tête.
L'argent lui ouvrirait les portes sur un ciel azur aussi
Facilement que ses tournevis ouvrent celle des voitures.

Le grand standing, c'est tout ce dont il a envie.
Ça passe mieux quand tu portes Giorgio Armani.
Soucieux du regard des gens,
Malgré son jeune âge, petit frère fume pour paraître plus grand.

Il voudrait prendre l'autoroute de la fortune
Et ne se rend pas compte qu'il pourrait y laisser des plumes.
Il vient à peine de sortir de son œuf
Et déjà petit frère veut être plus gros que le bœuf.

{Refrain}

IAM Bouger la tête 1997

Je plonge dans mes souvenirs pour voir mon devenir
Sors dans l'année d'où tant de choses allaient partir
Je rentrais de l'école un soir, dégoûté
En pensant à tous les devoirs qui m'attendaient

J'entre et je tombe sur la télé, qu'est-ce que c'est
Que ces mecs qui tournent sur la main et font des roulés-boulés
Pour moi, c'était nouveau pourtant c'est sûr
Mes deux pieds et ma tête battaient déjà la mesure

On dit que tout se joue sur un coup de dés
Mais c'est sur un coup de grosse caisse que mon destin s'est tracé
Collé au rythme, j'ai oublié mes livres
D'école, avec la danse c'était incompatible

J'étais voué à faire de la musique
Condamné à placer le son au-delà d'une rhétorique
Ainsi, j'ai envers lui une éternelle dette
Dont je m'acquitte à chaque fois que je fais bouger les têtes

Envoie donc le rythme que je swingue les gadjis gadjos
Check 1, 2 pour le microphone
Place au mc qui torchait les partys au tempo des profiles
Kamikazé verbal, wildstyle

2 pour la basse, 1 pour les aigus, putain je suis le vrai Gus
Si ce style est en apéritif, je suis Monsieur Plus
Bastonne mon son sur les ondes le matin
Pimpant, j'injecte un funky clap dans vos tympans

Lyriciste grimpant, les compétiteurs saignent
Car j'absorbe plus de trucs que la sphaigne daigne écouter
L'oscillateur de tête, le boss, le pivot
Chill est le Suprême, poto, y'a pas de rivaux

Réfractaires au son de Mars et que ce flot de rimes brime
Flippez mais dites pourquoi vos bobines dodelinent
C'est intrinsèque, mais le sec en baskets et casquette
N'a pas d'équivalent pour faire bouger la tête

Depuis les Flash Breakers, l'eau a coulé sous les ponts
Tout a changé sauf le volume de mon walkman à fond
Pourtant je regrette parfois ces entraînements
Interminables où l'on créait de nouveau pas

Aujourd'hui on recherche des échantillons
Chaque fois meilleurs, mais toujours pour les mêmes raisons
C'est comme ça que je m'éclate
Faire bouger la tête des mecs sur un swing soul qui claque

Wou! Terrible, c'est ça, enchaîne
Une basse bien grasse mon sang bout dans mes veines
Le coeur est un métronome
L'homme ne peut que s'incliner quand le hip-hop inpose son dogme

Au nom de ceux qui avec moi usèrent leurs survêtements
De ceux qui nous ont supporté jusqu'à présent
Je me dois de tenir mon poste, j'ai envers eux une dette
Dont je m'acquitte quand je fais bouger leurs têtes

Les sons qui me portent sont brutaux, je l'ai dit plus tôt
Je transmute la nature de l'être humain en culbuto
Frappe comme une batte, nommé Batman constate
Que le frère Chill flippe sur le mic comme un acrobate

Le grand Pope du côté obscur
Méthodique, trempé dans le rap jusqu'à l'os cure
Le mal par la malice, le swing mon Graal, mon calice
Au pays de Marseille, ça file, fils on l'appelle Alice

Indépendante la tête, elle s'agite
Brise un aspect statique, chute vers le bas comme une blague tragique
Sous les basses vibre la toiture
Et les types sont des bandes de clebs sur la plage arrière des voitures

Le sens et la technique sont hardcore
L'essentiel est là comme une compilation de chanteur mort
Mixette, DAT cassette
Microphone check, tout est prêt pour agiter la fête

Biographie IAM

Le groupe de rap marseillais IAM est devenu en quelques années une valeur incontournable du paysage musical français. Chaque sortie d'album est un évènement. Ses membres, dont Akhenaton, poursuivent en parallèle des projets personnels maintenant ainsi un équilibre bénéfiqueavec leur entrepise collective.

Pour ces rappeurs originaires des banlieues marseillaises, l'histoire commence vers 1984-85 avec le groupe Lively Crew où l'on trouve Philippe Fragione, qui devra attendre fin 86 son premier voyage à New York pour s'affubler de son premier surnom Chill et Eric qui deviendra Kheops dans la formation d'IAM. En 1988, quand arrive Geoffroy Mussard dit Shurik'n, ils deviennent le B Boys Stance. Pascal qui est bassiste et batteur avant de sampler (échantilloner), fréquente la bande. Il faut attendre l'année suivante pour voir arriver les dernières recrues de ce qui deviendra le groupe IAM : Pascal donc, qui devient Imhotep, "l'Architecte sonore" et les deux danseurs Malek Sultan et Divin Kephren. Outre les nouveaux arrivants, le groupe se construit autour de références égyptiennes et extrême-orientales, traces de lectures croisées des albums de bandes dessinées d'Alix et des ouvrages de Cheikh Anta Diop, l'historien anthropologue linguiste sénégalais.

Le rap du sud remonte à Paris

En 1989, ils enregistrent sur un magnétophone "quatre pistes", la cassette "Concept". Malgré un tirage limité, l'écho est plus que satisfaisant : le rap du sud prend forme et remonte jusqu'à Paris. En juin 90, ils signent avec "Labelle noir", le label qui sert de "tête chercheuse" à la maison de disques Virgin.

En 1991, sort leur premier album "De la planète Mars". Ils en vendent environ 100.000 exemplaires. Trois simples en seront extraits "Red black & green", "Tam Tam de l'Afrique" et "Planète Mars". Cet album s'impose comme une des plus grandes réussites de la scène rap française encore très jeune à cette époque. Les origines du groupe confèrent à leur rap une spécificité qui en cassant le cliché marseillais "Fernandel-pétanque-pastis", donnent d'autant plus de force et d'intérêt à cet album engendré loin de Paris.

Le 3 juillet 90, ils ouvrent le concert de Madonna à Bercy, la plus grande salle parisienne. Depuis, ils ont fait les premières parties de Public Enemy, Rita Mitsouko, James Brown ou Touré Kunda.

On danse le Mia

Deux ans et demi après leur premier album, ils reviennent avec un disque d'une quarantaine de titres "Ombre est lumière". Cet album navigue entre actualité et mythologie, entre textes engagés et parodies comme "Le Mia". Enorme succès en France, ce titre se moque sur un rythme funk et avec humour, des frimeurs du samedi soir. Leur succès et leur notoriété au niveau national en font un des groupes phares de la génération montante. En février 1995, ils sont élus groupe de l'année par les Victoires de la Musique. La même année, ils participent au projet lancé par le cinéaste français Mathieu Kassovitz à l'occasion de la sortie de son film "La Haine". Sur un même disque, différents groupes de rap interprètent des titres liés au thème du film soit la police et la banlieue. Le titre d'IAM s'intitule "La 25ème image".

Après les longues tournées de promotion du dernier album, le groupe décide de faire une pause et de prendre du recul. A cette occasion, en 95, le chanteur Chill, devenu Akhénaton, sort un album solo, "Métèque et mat", un album très personnel où l'humour est manié avec une verve toute méridionale et où le rappeur nous fait découvrir son univers.

IAM, leader d'un mouvement marseillais

Deux ans après, sort "l'Ecole du Micro d'argent", nouvel album du groupe IAM, enregistré à New York puis réenregistré à Paris avec la collaboration de Prince Charles, célèbre producteur de Harlem. Le discours est épuré. L'injustice sociale et la dureté du monde sont dépeints à l'aide de mini-récits teintés d'une poésie sombre. Le titre de l'album vient aussi du fait que le groupe IAM entraîne dans son sillage la formation de nombreux groupes de la région marseillaise et qu'il tente de les aider à émerger. Finalement, quelques 300.000 exemplaires sont vendus, ce qui constitue un événement pour un album de rap.

En 1997, le groupe participe à un projet toujours très lié aux problèmes des banlieues françaises (police, racisme, violence, chômage). Avec d'autres groupes de rap français (Assassin, Ménélik, Ministère Amer, Fabe,...), ils enregistrent un titre au profit de l'association MIB (Mouvement de l'Immigration et des Banlieues), qui s'intitule "11 mn 30 contre les lois racistes".

Aux Francofolies de la Rochelle, en juillet 97, le groupe donne un concert entouré de nombreux autres groupes marseillais souvent inconnus mais à qui IAM souhaite faire profiter de sa renommée.

Alors que l'album s'est déjà vendu à 500.000 exemplaires, IAM joue à guichets fermés sur la scène parisienne du Zénith le 2 décembre 97. Suit une tournée française. Le 20 février 98, le groupe reçoit la Victoire de la Musique du meilleur album de l'année. Et dans la foulée, ils retrouvent le Zénith pour deux soirées les 21 et 22 avril 98.

Rap en Solo

Après le succès de l'album d'Akhénaton en 95, c'est au tour de Kheops de sortir sa production solo en mars 98 avec "Sad Hill" et de Shurik'n fin mai avec "Où je vis". Puis enfin, Imhotep sort le sien le 12 juin, "Blue Print". Mais c'est de loin, Shurik'n qui emporte le plus de succès et culmine en quelques semaines dans les meilleures ventes.

Toujours imprévisible, IAM sort en simple le titre inédit "Independenza" sur le thème de l'indépendance culturelle. Ce morceau est ajouté en 98, lors du nouveau pressage de l'album "l'Ecole du Micro d'argent". En février 99, deux membres du groupe, Akhenaton et Kheops reçoivent la Victoire de la Musique pour la meilleure Bande Originale de l'année avec le film "Taxi".

Puis, toujours en 99, nouvel album solo, cette fois pour Malek Sultan alias "Freeman". L'album, "L'Palais de justice", confirme l'incroyable potentiel de créativité de chacun des membres du groupe.

Un an plus tard, au printemps 2000, Akhenaton revient sur l'avant-scène musicale mais aussi cinématographique, en réalisant son premier film, "Comme un aimant", véritable prolongation cinématographique de son travail. Le film, qui traite de la vie des quartiers défavorisés de Marseille, sort le 31 mai et reçoit un accueil très mitigé. La bande originale est signée bien sûr Akhenaton mais aussi du compositeur de musiques de films, Bruno Coulais.

Toujours en solo, Kheops ressort un deuxième album à la même époque, "Sad Hill impact". A l'automne 2000, Akhenaton se lance dans l'électronique avec son album "Electro Cypher", hommage à l'électro funk. Puis, le 14 novembre, c'est Shurik'n et son frère Faf la Rage qui sortent "La Garde".

Un printemps après l'été

Depuis le dernier opus d'IAM, ses membres ont sorti à eux tous, une dizaine d'albums solo. Forts de ces expériences personnelles, ils se sentent prêts à se retrouver pour l'enregistrement d'un disque du collectif. Conçu entre Marseille, Paris et New York, "Revoir un printemps" sort le 16 septembre 2003. Il est précédé du simple "Noble art" sur lequel on trouve les feeturings (de luxe) des rappeurs américains RedMan et MethodMan.

Les titres de "Revoir un printemps" ont été conçus dans une période comprise entre le 11 septembre 2001 (explosion des tours du Word Trade Center à New York) et la guerre en Irak (mars/avril 2003),avec dans l'intervalle,le 21 avril 2002 (deuxième tour des élections présidentielles en France). Très marqués par la conjoncture internationale et par les mutations de la société française, Akhenaton, Shurik'n, Kheops et Freeman qui cette fois-ci, sort de son rôle de breaker/danseur pour intégrer le groupe comme MC, proposent un disque dans son ensemble plutôt sombre. Bruno Coulais qui a déjà travaillé avec Akhenaton sur "Comme un aimant", vient apporter aux arrangements une touche particulière, avec l'introduction de cordes. On peut aussi compter la présence de Beyoncé de Destiny's Child sur le titre "Bienvenue". Très attendu, cet album relance l'histoire du plusconnu des groupes de rap français.

En février 2004, le groupe marseillais sort un DVD "Au coeur d'IAM : genèse d'un album". Le disque propose un documentaire d'1h30, sorte de caméra embarquée dans la conception et la réalisation du cinquième opus du posse. Le DVD a aussi pour objectif de faire patienter le public d'AKH, Shurik'n, Freeman & consorts avant une tournée exceptionnelle.

Le "Stratégie tour" est lancé au même moment que la sortie du simple "Stratégie d'un pion", début juin 2004. Cette tournée marque surtout le retour du groupe sur scène après sept années d'absence. Solidays, les Francofolies de La Rochelle, les Vieilles Charrues, le Canada, la Suisse, l'Allemagne, le rap Marseillais parcourt, flow aiguisé et micro au poing, les salles francophiles du monde entier.

* Groupe symbole d'une Marseille multi-culturelle, les rappeurs phocéens mêlent dans leurs titres, particulièrement bien écrits, humour, amertume et critique sociale. Ils chantent pour réhabiliter leur cité et pour combattre le racisme.

Mc Solaar Qui sème le vent récolte le tempo
Paroles: Mc Solaar. Musique: Alstone

Un break de batteries coule sur la FM
Qui se mêle à mon sang et fait de moi un phénomène
Etrange la cadence à fleur de peau
5.4.3.2.1.Tempo
Le vent se lève pour dire que mon karma
Suit la cadence qui me mène au nirvâna
Ensorceler le pacte et sceller la beauté du corps
Sans effort, c'est de danser
On me traite de traître quand je traite de la défaite du silence
Le silence est d'or, mais j'ai choisi la cadence
Une vague, un cyclone, que dit la météo
Qui sème le vent récolte le tempo
Qui sème le vent récolte le tempo

Chaque mot, chaque phrase dit avec emphase
Fait de Claude MC le commando de la phrase
Le tempo est roi dans l'arène musicale
Les rênes sont à moi, torero lexical
Matador, prêt pour la mise à mort
Après le corps à corps, remue ton corps
Plus fort on est d'accord
Pas de temps mort
Message pourquoi?
Parce que le tempo est roi
Le paramètre est paranormal que dire "que dalle"
Claude MC s'installe entrée dans les annales
Exemple : le rock, la salsa, le twist et le reggae
Petit à petit sans faire de bruit se sont imposés
Car qui sème le vent récolte le tempo
Qui sème le vent récolte le tempo

Biographie MC Solaar
Claude M'Barali, né à Dakar de parents tchadiens le 5 mars 1969, arrive en banlieue parisienne à l'âge de six mois. Résidant à Villeneuve-Saint-Georges, il passe son bac en 1988 et teste ses premiers textes dans l'émission de Dee Nasty sur Radio Nova tout en étudiant les langues à la fac de Jussieu. Lors d'un concert à Marly-le-Roi il rencontre le DJ Christophe Viguier, alias Jimmy Jay, champion de passe-passe, avec qui il enregistre une cassette demo de trois titres (y compris une première version de Bouge de là) qui convainc le label Polydor d'investir sur ce jeune rappeur au flow extraordinairement cool, à l'opposé de tant de ses confrères hargneux qui haranguent les foules. Parmi le groupe de potes et de supporters qui l'encouragent dès ses débuts, le 501 Posse, on trouve de futurs rappeurs (Soon E MC) et rappeuses (Melaaz): l'idée que Solaar est à la tête d'une nouvelle école ou d'un mouvement fait très tôt son chemin; elle est décuplée lorsque Jimmy Jay, son alter ego, publie des compilations de nouveaux artistes. Mais Solaar est un artiste trop individualiste pour être pris seulement pour un chef de file, comme il le prouve rapidement. Dès son premier album, il s'installe là-haut, sur un trône intouchable, au-dessus de la mêlée; il est probable que des historiens de la chanson française voient en lui, d'ici dix ou vingt ans, le Gainsbourg de sa génération.

Mais n'anticipons pas. Tout démarre non pas, comme tant d'autres, par un morceau sur la compile «Rapattitude», mais par un single apparemment anodin, Bouge de là, en novembre 1990. Annonciateur du rap yé-yé des années 1994-1996 par son côté consensuel, ses textes bien ficelés et son humour narquois laissent présager de grandes choses. Alors que le titre se transforme en énorme tube, on s'impatiente: l'album, plusieurs fois retardé, sort finalement en octobre 1991. «Qui sème le vent récolte le tempo» est un coup de maître: en fines tranches de vie, sur des grooves sensuels, jamais frénétiques, Claude MC nous raconte les aventures de ses copines, la Victime de la mode et la fameuse Caroline au gimmick imparable («Je suis l'homme qui tombe à pic / pour prendre ton coeur / il faut se tenir à carreau / Caro ce message vient du coeur»). Derrière lui, Jimmy Jay et Boom Bass (alias Hubert Blanc-Francard, frère de Sinclair) moulinent des rythmiques épatantes: en plus d'un rappeur de choc, on découvre deux producteurs de talent. Tandis que le premier album se transforme en disque de platine, Solaar reçoit une victoire de la musique (catégorie meilleur groupe!) et entame une tournée triomphale qui passe par les Transmusicales de Rennes, la Russie, les Francofolies de La Rochelle, Tokyo et douze pays de l'Afrique de l'ouest. À Londres, il est signé par le label acid-jazz Talkin' Loud; on l'invite partout à venir poser son flow inimitable: c'est ainsi qu'il enregistre Listen avec le groupe anglais Urban Species avant de participer au remarquable premier album solo de Guru, du groupe new-yorkais Gangstarr, qui réunit sur le «Jazzmatazz» rappeurs et musiciens de jazz. Le duo avec Guru, Le Bien, le Mal, sort dans le monde entier et devient un énorme tube en France.

Pendant ce temps, Jimmy Jay met au point son projet de monter un label (auquel, initialement, Claude devait être associé). Première étape, «Les Cool Sessions» sortent en 1993, avec la bénédiction de Solaar qui offre un morceau inédit, Et Dieu créa l'homme. Son ex-lieutenant Soon E MC étant déjà sur orbite (il a été signé par EMI dans la foulée de «Qui sème le vent récolte le tempo»), on y trouve toute une génération de nouveaux groupes tels les Sages Poètes de la Rue, SLEO (Seul le Lyrisme Excite l'Opinion) et Démocrate D. Tous les trois sortiront en 1995 leurs premiers albums respectifs, produits par Jimmy Jay. La même année, sur le deuxième volume des «Cool Sessions», on découvre Lamifa, Madison et Chrysto, Bambi Cruz et Lady Laistee.

Malgré cette frénésie d'activité, Solaar prend le temps de se poser et de méditer son deuxième album, celui de tous les risques. Annoncé par le single Nouveau western construit sur un sample de Gainsbourg (emprunté à Bonnie & Clyde), «Prose Combat» sort en février 1994 et atteint bientôt le chiffre de 900 000 exemplaires rien qu'en France (l'album est publié dans plus de vingt pays, dont les marchés anglo-saxons). Trois autres singles prolongent le phénomène: Séquelles (dont le clip inclut une apparition clin d'oeil de Charlotte Gainsbourg («Dieu sait qu'elle sait quelles séquelles / acide et douce telle la citronelle / La miss me laisse par son acte con / J'ordonne l'abscisse mais cela reste abscons»), Obsolète (dont la sortie coïncide avec une série de concerts stupéfiants au Zénith de Paris) et surtout La concubine de l'hémoglobine, regard de Solaar sur l'actualité, le sida, les fachos, la guerre, l'ignorance. Après un nouveau crochet par les Victoires de la musique (il est élu artiste de l'année en 1995) et une autre longue tournée européenne, le silence se fait autour de Solaar. Ne filtrent que des indiscrétions dans la presse à scandale (sa liaison avec Ophélie Winter) et des rumeurs de split avec son vieux complice Jimmy Jay. Effectivement, lorsque sort le troisième album «Paradisiaque», au début de l'été 1997, Solaar est désormais associé à Zdar (Philippe Cerboneschi, ingénieur du son) et «Boom Bass» (compositeur) pour la Funk Mob. Plus funk que rap, parcours naturel, Claude MC y «prêche plus classe que l'agence Tass», pratique avec une habileté diabolique le jeu verbal («Depuis les dix décès du DC-10 Addis Abeba-Rome / Paul appelle Interpol Interpol appelle Jean-Paul / mais Jean-Paul est pape et le pape parade comme une parabole») et débusque les «Gangsters modernes» en feuilletant la presse quotidienne...

Affirmant qu'il «descend de l'homme sage», infatigable dévoreur de livres, Solaar bâtit patiemment une oeuvre d'auteur atypique: alors qu'il s'éloigne de l'univers rap qui l'a vu naître mais qu'il a depuis longtemps transcendé, il rêve d'un album reggae pour l'an 2000 ou, qui sait, d'un album où l'accompagnerait un orchestre symphonique. Tout ceci en gardant la tête sur les épaules. Conscient de sa responsabilité mais peu content des scories du star system Laarso est lucide: «Je n'ai jamais voulu être chanteur, confie-t-il en juin 1997 aux Inrockuptibles. Je ne m'y crois pas trop. Oui, bien sur que je voudrais arrêter! Si je pouvais tout refaire je reprendrais le même chemin, mais en restant dans le dos de quelqu'un. Consultant, homme de l'ombre. Comme ça, je serais vraiment en phase avec mon onzième commandement: la discrétion.»

(extrait de L'ENCYCLOPÉDIE DE LA CHANSON FRANÇAISE, de Jean-Dominique Brierre, Dominique Duforest, Christian Eudeline et Jacques Vassal; publié sous la direction de Gilles Verlant aux ÉDITIONS HORS COLLECTION, Paris, 1997)

discographie

QUI SÈME LE VENT RÉCOLTE LE TEMPO (1991) - Polydor 511 133-2 [CD], 511 133-4 [K7]
Intro - Qui sème le vent récolte le tempo - Matière grasse contre matière grise - Victime de la mode - L'histoire de l'art - Armand est mort - Quartier nord - Interlude - À temps partiel - Caroline - La musique adoucit les moeurs - Bouge de là (I) - Bouge de là (II) - Ragga jam - La devise - Funky dreamer
PROSE COMBAT (1994) - Polydor 521 289-2 [CD], 521 289-4 [K7]
Aubade - Obsolete - Nouveau western - À la claire fontaine - Superstarr - La concubine de l'hémoglobine - Dévotion - Temps mort - L'NMIACCd' HTCK 72 KPDP - Séquelles - Dieu ait son âme - À dix de mes disciples - La fin justifie les moyens - Relations humaines - Prose combat
PARADISIAQUE (1997) - Polydor 533 769-2 [CD], 533 769-4 [K7]
Intro - Paradisiaque - Gangster moderne - Tournicoti - Zoom - Le sens de la vie - Dakota - Illico presto - Les temps changent - Daydreamin' - Les boys bandent - Les pensées sont des flowers - Wonderbra - Le 11e choc - Protège-tibia - Quand le soleil devient froid - Outro
MC SOLAAR (1998) - Polydor 557 603-2 [CD], 557 603-4 [K7]
Onzième commandement - Galaktika - La 5ème saison - Perfect - Les songes - La vie n'est qu'un moment - Vigipirap - Message de l'ange - Nouvelle Genèse - Je me souviens - L'argent ne fait pas le bonheur

©Yann Bonnec™