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Le rap
Introduction
Les racines du rap
Le rap aux Etats-Unis
Les Prémices : De 75 à 85
Les premiers MC

Mise en place progressive de la base sonore du rap
Premières traces vinyliques
Bases philosophiques du mouvement
L'âge d'or du hip-hop: De 85 à 92
La période des Battle
Le règne des lyricistes
Des chants
Des pistes de recherche

Introduction

Défini par les académiciens comme un "style musical accompagnant un rythme martelé de paroles improvisées ou écrites", le rap est, avant tout une sous-division de ce que l'on désigne comme le hip-hop, un mode de vie dont la musique est la partie immergée de l'iceberg. En plus des DJ, qui fournissent les musiques, et des MC, qui débitent des textes, le hip-hop regroupe des activités comme la danse (break, smurf...) et la peinture (graffiti, tag) mais est aussi régi par des codes vestimentaires et comportementaux influents.

Conçu par et pour le ghetto noir américain, le rap est avant tout une musique basée sur une constante innovation, sur un refus de toute institutionnalisation ; une musique où l'originalité est un facteur déterminant pour se faire connaître. Pour créer un "buzz" autour de son nom, il est primordial d'arriver dans les bacs avec un concept inédit, un nouveau flow, un nouveau type de musique... Les artistes ayant basé leur carrière sur une constante mise à jour de leur niveau face à l'évolution rapide de la concurrence et sur une intégrité à toute épreuve sont les seuls à avoir gardé une certaine longévité artistique.

Dans cet exposé, nous nous emploierons à faire tout d'abord une étude chronologique de l'apparition et du développement du rap aux Etats-Unis puis nous mettrons en évidence les rapports qu'il a entretenu avec le marché, l'image ou encore la censure...

1. Les racines du rap

Pour ce qui est des influences lyricales, comme nombre de musicologues ont pu le faire remarquer, les rappers perpétuent en un sens la tradition des griots africains, ces poètes et musiciens qui se décrivaient et indiquaient leurs conditions de vie et celles de leurs contemporains dans un monde en crise. Cependant, les racines les plus directes du rap remontent à la fin des années 1960 et à l'apparition des Last Poets, un collectif de jeunes Noirs militants ayant mis leur rage en rimes et en percussions afin de transmettre leurs messages révolutionnaires.
The Last Poets

Les influences musicales principales sont, quant à elles, bien évidemment la soul et le funk qui rythmaient les parties de chaque quartier mais aussi le jazz pour son sens de l'improvisation et sa remise en cause des schémas mélodiques classiques. Le rap est en effet un coup de poing, un moyen pour le rappeur au micro de prêcher sa parole en face d'inconnus et de tenter de les convaincre, quel que soit le message. Les idées sont dès lors courtes, ce sont des flashs sonores et des significations qui fusent, des chocs répétés de mots courts ou longs à la phonétique proche destinés à frapper l'auditeur... comme pouvaient l'être les solos des musiciens du free jazz .

Les origines du rap ce sont aussi les sounds systems jamaïcains où des disco mobiles aux haut-parleurs énormes colportent à travers l'île, depuis le milieu des années 60, chaque nouveau tube reggae et sont des lieux de micro ouvert pour tous les chanteurs qui désirent se faire connaître.
Sound System

Mais le père fondateur de la culture hip-hop qui a vu naître le rap est un dénommé Clive Campbell, plus connu sous le nom de KOOL HERC. En 1973, ce jeune immigré jamaïcain fasciné par les sounds systems et par les disques de James Brown anime une soirée pour l'anniversaire de sa soeur dans la cave de son immeuble du Bronx (New York) et a la géniale idée d'utiliser deux platines afin de pouvoir enchaîner sans pause les morceaux et de faire durer les breaks, ces passages rythmiques où tout disparaît au bénéfice du beat, du tempo nu. Dès lors, les soirées se multiplient pour lui, les danseurs venant en masse pour donner libre cours à leurs improvisations. Afin de "chauffer" quelque peu la foule en début de soirée ou pour saluer quelques personnes, Herc décide de faire monter sur scène une "célébrité" de chaque quartier ayant rôle d'ambianceur dans ces blocks parties.
Kool Herc - Origin of Hip Hop music

Peu à peu, ces ambianceurs vont mettre en rimes leurs messages de la manière la plus originale et la plus rythmée possible. Des rivalités vont apparaître au fil des soirées entre chaque ambianceur donnant lieu à des joutes verbales qui déchaînent les foules. C'est la naissance des premiers MC, les Maîtres de Cérémonie, des premiers rappers et, par là même, de toute la culture Hip-Hop... qui va se répandre peu à peu dans tout New-York.

2. Le Rap aux Etats-Unis

Les Prémices : De 75 à 85
Les premiers MC


Les premiers rappers des années 75-82 racontent des anecdotes, occupent l'espace avec des rimes matérialistes ("J'ai des chaînes en or, de l'argent et des filles à la pelle"), vantardes et festives. Il n'y a à l'époque quasiment aucune profondeur dans les textes... Le premier MC à rapper des textes dépassant la simple interpellation ou animation de soirée est COKE LA ROCK dans les soirées de Kool Herc. MELLE MEL lui emboîte le pas et les COLD CRUSH BROTHERS et les TREACHEROUS THREE sont les premiers à mettre en place des "routines" (textes où ils s'interpellent mutuellement) qui font le tour de tout New-York et des quelques soirées hip-hop. Un microcosme se développe au fil des ans réunissant de vrais passionnés.
The Cold Crush Brothers Old School Graffiti, musique TREACHEROUS THREE

Mise en place progressive de la base sonore du rap

Au début, comme nous l'avons vu, le seul support musical pour les rappers étaient les breaks des disques de funk rallongés par le biais de l'utilisation de deux platines. GRANDMASTER FLASH, DJ renommé, électricien et bidouilleur de talent va faciliter cette manipulation en réalisant la première table de mixage lui permettant d'enchaîner les disques sans coupure.

GRAND WIZARD THEODORE va quant à lui découvrir accidentellement le scratch vers 1978. En effet, alors qu'il écoutait de la musique un peu trop fort dans sa chambre et que ses doigts étaient encore à proximité de la platine, sa mère fit une entrée violente afin de lui demander de baisser le son. Cette irruption soudaine surprit Theodore et sa main glissa sur le vinyl. Intrigué par le son étrange qui s'était échappé des enceintes, il le reproduisit jusqu'à ce qu'il puisse s'en servir comme d'un "instrument rythmique" dans ses soirées. Après une période d'adaptation, le public en devint friand et le scratch allait permettre aux DJ de s'exprimer un peu plus personnellement et de se démarquer par leurs techniques de la concurrence.
Grand Wizard Theodore
(Grand Wizard Theodore)

La dernière innovation, sûrement la plus importante pour l'affirmation du rap en tant que genre musical à part entière, fut la création du premier sampler vers 1984. Cet appareil permettant d'emprunter des échantillons sonores à des disques et de les incorporer à de nouvelles compositions en les transformant quelque peu va marquer la naissance du rap en tant que genre musical à part entière. En effet, les rappers ne seront plus tributaires des breaks et les DJ en possession d'un sampler pourront créer leur propre musique sans même savoir jouer d'aucun instrument et sans connaître le solfège. Les premières sources de samples seront les disques de rock, de funk, de reggae et de soul mais, par dessus tout, les disques de James Brown, qui seront littéralement "pillés" pendant presque dix ans, jusqu'à un élargissement des sources de sampling.

Premières traces vinyliques

La première trace discographique du rap est le maxi de FATBACK: King Tim 3 (Personnality Jock) sorti en 1979 qui sera suivi de près par le fameux The Breaks de Kurtis Blow. Mais le premier tube du rap est bien le 'Rapper's Delight' de SUGARHILL GANG sorti la même année par un groupe monté de toute pièce et rappant les paroles des meilleurs rappers des block parties.
Sugar Hill Gang- Rappers Delight
(Sugarhill Gang)

Sur ces premières sorties, le sampler n'existant pas encore, la musique est jouée par des groupes de funk reprenant des standards (Good Times de Chic pour Sugarhill Gang...) et les textes sont essentiellement festifs, voire comiques. On pourra citer encore parmi les premiers rappers à laisser une trace enregistrée T-SKI VALLEY, FEARLESS FOUR ou FUNKY 4+1... Quasiment toutes ces sorties se font sur le label Sugarhill Records qui s'impose comme le premier label rap, point d'ancrage des rappers.

Les sorties s'intensifieront par la suite avec l'avénement de nouveaux labels tels que Tommy Boy qui donnera sa première chance à l'électro-rap, savant mélange de musique électronique et de rap (AFRIKA BAMBAATAA, JONZUN CREW,...) ou Profile (RUN DMC) et plus tard de Def Jam qui régnera sans partage sur le marché à partir de 85 avec LL COOL J et les BEASTIE BOYS, deux légendes du hip-hop.
Beastie Boys- Intergalatic
(Beastie Boys)

Bases philosophiques du mouvement

AFRIKA BAMBAATAA a donné une âme au mouvement émergent qu'était le hip-hop en 1982. Membre de Gang, il voit ses amis mourir sous les balles et décide de créer quelque chose de positif pour que les siens puissent se sortir du cycle infernal de la violence. Autour du hip-hop, il décide alors de fonder la ZULU NATION qui prône un retour aux sources africaines et érige en principe fondamental une doctrine simple: "Peace, Love and Having Fun". Cette maxime sied parfaitement aux premières heures festives du hip-hop, cependant, en 1982, tout est d'un seul coup remis en cause...
Afrika Bambaataa - Peace, Unity, Love and Having Fun
(Afrika Bambaataa)

La sortie de 'The Message' par Grand Master Flash and the Furious Five est une réelle déflagration. Dans ces années de Reagannisme, des rappers vont pour la première fois s'engager socialement et faire une description sans fioritures de leur environnement délabré où les junkies jonchent les trottoirs et la folie guette tous les laissés pour compte de la société, dressant ainsi le tableau d'un ghetto en voie de tiers-mondialisation. Ce texte à lui seul va changer à jamais la face du rap, résumant quasiment tous les textes des années suivantes et faisant entrer cette musique dans une nouvelle ère.

L'âge d'or du hip-hop: De 85 à 92

En cette période "bénie" selon tous les amateurs de rap, même si les sorties se sont intensifiées depuis les premières années, il y'en a encore relativement peu et elles sont toutes longuement mûries donnant lieu à de nombreux classiques de l'histoire du rap. C'est une période d'intense créativité tant au plan musical qu'au plan textuel et c'est pour cela que les américains l'appellent le Golden Age.

La période des Battle

Comme nous l'avons vu, depuis sa naissance, le rap a donné lieu à des joutes verbales qui ont permis de révéler de grands talents de l'improvisation ou de la rime écrite. Cette tradition va donner lieu à quelques-uns des plus grands moments du rap. Ainsi à New-York, les quartiers s'opposent, chacun revendiquant la paternité du rap (réellement originaire du Bronx). En 1986, MC SHAN sort 'The Bridge' où il affirme que le Queens, son quartier a donné naissance au rap. KRS-ONE, originaire du Bronx, contre-attaque avec 'The Bridge Is Over' et, pendant un an, les deux rappers vont se livrer un véritable combat à coup de maxis interposés... De même LL COOL J et KOOL MOE DEE vont se battre virtuellement dans leurs titres et leurs clips, le dernier étant particulièrement jaloux du succès immédiat du premier... Mais jamais aucune opposition n'en viendra aux mains, le respect étant omniprésent de part et d'autre.
LL Cool J - I Need Love Kool Moe Dee HOW YA LIKE ME NOW Live
(LL Cool J et Kool Moe Dee)

Le règne des lyricistes

La tendance textuelle dominante est dans ces années le drame, le récit urbain qu'à magnifié 'The Message'. Parmi la multitude de labels qui se créent émerge Cold Chillin', le label de Marley Marl, sûrement le plus grand DJ et producteur de la fin des années 80. Il a en effet dans son écurie des talents aussi bruts que divers sous la forme de rappers devenus aujourd'hui légendaires :

- KOOL G RAP, le premier rapper à incorporer des récits mafieux dans des textes à la violence et au réalisme inégalés.
KOOL G RAP Men AT WORK (Audio)
- BIG DADDY KANE, une voix de baryton aux services de textes mettant en avant une parfaite connaissance de la rue et de ses rouages avec un tempérament "belliqueux".
Big Daddy Kane - Smooth Operator
- BIZ MARKIE, un déjanté au flow hallucinant et auteur des textes les plus imprévisibles tels que 'I Need A Haircut' ou 'Pickin' Boogers' ("A la chasse des crottes de nez"!!).
biz markie- friends
- ROXANNE SHANTE, la première femme à avoir une renommée dans tout le pays.
Biz Markie and Roxanne Shante - Live in NYC 1986
- ERIC B and RAKIM, la réunion d'un DJ ingénieux et de celui que les Américains appellent The God (Dieu) pour la portée universelle et métaphysique de ses paroles marquant à jamais toute une génération de fans.
Eric B & Rakim - MICROPHONE FIEND

Def Jam tient la dragée haute à Cold Chillin' en mettant à jour un jeune anglais du nom de SLICK RICK dont les paroles laissent une grande place à l'introspection mais aussi aux récits "amoureux". Mais c'est surtout grâce à PUBLIC ENEMY que ce label remporte la mise. En effet, nous avons peut-être là le plus grand groupe de l'histoire du rap. Armé d'une philosophie radicale et inventeur d'un mur du son rapologique, d'un réel chaos sonore, Public Enemy s'impose dès son premier album comme un groupe majeur. Le groupe, prônant l'autodéfense par les armes face à la suprématie oppressante des Blancs et cultivant l'imagerie paramilitaire Black Panther, va donner naissance à toute une vague de rap hautement politisé et engagé, ce qui n'avait pas été vu depuis les Last Poets.
Public Enemy - Fight the Power
(Public Enemy)

Un autre grand lyriciste de l'époque est KRS-ONE (que nous avons déjà évoqué) au sein de son BOOGIE DOWN PRODUCTIONS. Celui qui se fait appeler le "métaphysicien du rap" ou le "Professeur", autodidacte de talent, prêche l'éducation et la connaissance de soi dans des textes humanistes et utopistes tels que 'You Must Learn'. Il est aussi l'un des premiers à introduire une composante reggae dans son flow et il initie le Stop The Violence Movement, un mouvement d'opinion relayé par les rappers et destiné à dénoncer le Black on Black crime (meurtre entre Noirs).
Sound of da police
(Krs-One)

 

Quelques pistes de recherche
Présentation christmas rap show
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/musique/didactic/lebot/rapenclasse.pdf
Caroline
MC SOLAAR
Fiche pédagogique (PDF) (chant et travail d'écoute)
Musique ( MIDI)
Livres
"L'offensive rap" dans la collection "Découvertes Gallimard"
"Le rap, une esthétique hors la loi", par Christian Béthune, docteur en philosophie (Editions Autrement, Paris, 2003, collection Mutations).
©Yann Bonnec™